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Histoire coloniale et francophonie du 21ème siècle

 » La francophonie porte des valeurs, des principes, des exigences. C’est un message de liberté. C’est un espace de rayonnement, de promotion de valeurs, d’ouverture, d’échanges économiques, sociaux et culturels. C’est enfin un lien entre les générations », a déclaré François Hollande en revenant du Sommet des chefs d’Etats de la Francophonie le 14 octobre dernier.

Si « relancer la francophonie » était bien l’un des 60 engagements du candidat François Hollande, son discours de Dakar s’est voulu particulièrement moderne en proposant une relation avec l’Afrique équilibrée, respectueuse et apaisée. Après le scandaleux discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy qui mettait en lumière une conception d’un autre siècle et malsaine de nos relations avec le continent africain, François Hollande a tourné la page.  La France entend dorénavant baser sa relation avec l’Afrique sur la « lucidité vis-à-vis d’un passé commun et par rapport au présent, caractérisé par des relations étroites avec les Etats qui respectent la démocratie, les droits de l’homme et améliorent leur gouvernance alors que l’Afrique continue sa percée économique ».

Depuis 2001, la Ville de Paris a pris toute sa place pour faire vivre la francophonie dans cet esprit d’ouverture et de respect de tous. Aujourd’hui encore Bertrand Delanoë préside l’Association Internationale des Maires Francophones, créée à l’initiative de Paris et Québec en 1979, dont l’objectif prioritaire est l’aide au développement des pays du Sud et en particulier ceux de l’Afrique francophone.

Monument en mémoire du commandant Marchand, devant le palais de la Porte Dorée. Crédits Pierre-Clément Julien

Dans ces nouvelles perspectives dessinées par le Président de la République et dans la continuité de la politique conduite par le Maire de Paris, je suis persuadée que le 12e arrondissement a un rôle particulier à jouer, de par sa place particulière dans notre histoire coloniale et les monuments qui en témoignent encore aujourd’hui. Sans renier ce passé colonial, j’ai en revanche était choquée par la demande de l’UMP de restaurer une statue du commandant Marchand. L’expédition du commandant Jean Baptiste Marchand, a traversé l’Afrique du Congo au Nil de 1896 à 1899, et avait débouché sur un fiasco retentissant plus connu sous le nom de la « reculade de Fachoda ». La volonté de réhabiliter sa mémoire est révélatrice d’une conception dépassée et dangereuse de notre histoire coloniale, d’autant qu’il existe déjà un monument en mémoire de cet évènement dans notre arrondissement, devant le Palais de la Porte Dorée.

En revanche, j’ai été sensible au choix du Maire de Paris de tenir son dernier compte-rendu de mandat sur l’art dans la ville, au sein du Palais de la Porte Dorée qui abrite la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration.

C’est également dans ce cadre que doit se faire la rénovation de la Maison des Etudiants des Etats de l’Afrique de l’Ouest (MEEAO), immeuble symbolique des relations entre l’Afrique de l’Ouest et la France, situé boulevard Poniatowski. Nous l’avons exprimé  le 17 septembre 2012 en conseil du 12e arrondissement par un vœu. Si l’histoire de la MEEAO a connu bien des retournements de situation, sa réhabilitation constitue en effet un enjeu d’avenir pour Paris comme illustration de relations rénovées et saines entre la France et l’Afrique de l’Ouest.

Baiment de l'ex-MEEAO. crédits Pierre-Clément Julien

Monument historique faisant écho au patrimoine colonial du 12e arrondissement, la MEEAO doit être respectée pour ce qu’elle représente. Acquis par l’Afrique Occidentale Française (AOF) en 1950 pour y installer ses représentants, l’immeuble du 69 boulevard Poniatowski a permis de loger les élus représentant les territoires de l’AOF au Parlement français. L’heure est alors, au bouillonnement intellectuel, terreau de la contestation coloniale, avec des personnalités comme Léopold Sédar Senghor. Peu à peu, la MEEAO a ensuite servi à loger des étudiants, et c’est à ce titre que la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) y tenait ses réunions.

Cette histoire avait d’ailleurs été rappelée par une manifestation il y a deux ans « des mots pour la MEEAO ».

Faute d’investissement et sans action des différents gouvernements de droite, les conditions de logement et d’hygiène se dégradent progressivement et dangereusement. En 2008, la Ville de Paris déclenche une procédure de « bien sans maître » afin que la réhabilitation de l’immeuble puisse être réalisée. En juillet 2010, l’immeuble repasse sous la coupe de l’Etat français qui décide d’évacuer le bâtiment pour des raisons de sécurité.

Un page de l’histoire de la MEEAO se tourne alors. Depuis le bâtiment laissé à l’abandon se dégrade. Quel sera l’avenir de cet immeuble, patrimoine de la mémoire africaine en France ?

Dans le contexte défini par le Président de la République lors du sommet de Kinshasa, la rénovation de la MEEAO pourrait s’inscrire dans la volonté de concevoir une Francophonie du 21e siècle, porteuse d’un nouveau paradigme, qui dépasse les clivages historiques. Si la vocation première de la MEEAO était d’accueillir des étudiants africains pour les former à la citoyenneté et la politique, cette mission ne doit pas être oubliée. Ainsi l’ex-batiment de la MEEAO, après sa rénovation en logements, pourrait aussi être un des lieux d’échange pour une Francophonie débarrassée des vieilles considérations et ancrée dans ses réalités et ses valeurs d’aujourd’hui.

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