A la une, le 12e, Paris

Une page de l’histoire de la MEEAO s’est tournée ce matin

Un lieu chargé d’histoire

L’immeuble situé au 69 boulevard Poniatowski, construit en 1911, abritait un hôtel avant de devenir la propriété en novembre 1950 du Gouvernement Général de l’Afrique Occidentale Française (AOF). L’AOF était une fédération groupant, entre 1895 à 1958, huit colonies françaises d’Afrique de l’Ouest, avec l’objectif de coordonner, la pénétration coloniale française sur le continent africain. Elle réunissait en 1958 la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (devenu Mali), la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la Haute-Volta (devenue Burkina Faso) et le Dahomey (devenu Bénin). L’immeuble, surnommé Beau Site a d’abord hébergé des députés africains en séjour en France, puis accueilli les débats de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Les hérauts de l’intelligentsia africaine de Paris y ont séjourné : Aimé Césaire, Senghor, Alioune Diop ou encore Cheikh Anta Diop. On y parle indépendances et négritude.

« J’ai choisi ma demeure près des remparts rebâtis de la ma mémoire, à la hauteur des remparts

Me souvenant de Joal l’ombrageuse du visage de la terre de mon sang je l’ai choisie entre la ville et la plaine là où

S’ouvre la ville à la fraîcheur des Bois et des rivières » écrivait Léopold Sédar Senghor, poète, écrivain, né le 9 octobre 1906 à Joal, au Sénégal, premier président du Sénégal en 1960.

En 1959 l’immeuble sera rétrocédé par l’AOF aux sept États constituant cette partie de l’ancien empire français. En 1974, les États se retirent du conseil d’administration tout en restant propriétaire. La Maison des Etudiants des Etats de l’Afrique de l’Ouest est alors accusée de faire le lit d’étudiants progressistes, voire « putschistes ». C’est l’ère de l’autogestion qui débute…

Une maison délaissée par ses propriétaires mais pas par les élus parisiens

Pendant des années, aucun propriétaire responsable ni aucun gestionnaire légal n’étaient identifiés. Ce vide juridique n’a pas permis de réaliser les travaux nécessaires de sécurisation et de rénovation du bâtiment qui s’est donc fortement dégradé :  départs d’incendies, présence de peintures au plomb, factures d’eau et d’électricité non réglées et problèmes techniques entraînant des coupures ponctuelles d’électricité. Les règles d’admission ne sont plus respectées et la population change, la maison accueillant désormais des familles, malgré l’organisation inadaptée de l’immeuble composé essentiellement de petites chambres de 9m2 et des sanitaires communs par étage.

Face à cette situation, la mobilisation des habitants et des élus parisiens s’organise pour trouver les moyens de sécuriser l’immeuble et trouver des solutions de logement décentes en particulier pour les enfants. Ainsi en 2008, la Ville de Paris a engagé une procédure dite «bien sans maître »,  procédure juridique permettant de constater légalement l’absence de propriétaire, puis d’en désigner un nouveau afin de procéder enfin aux travaux de sécurisation de l’immeuble.

Au printemps 2009, une partie des sept pays membres historiques de l’AOF a revendiqué auprès de la Ville et de l’Etat la pleine propriété de l’immeuble. Ces pays ayant apporté à l’Etat les garanties de réaliser les travaux de réhabilitation, à compter de juillet 2009, ce bien est devenu propriété de l’Etat. Au vu de la situation du bâtiment, l’Etat a décidé d’évacuer complètement la maison, en deux étapes. La dernière étape a eu lieu ce matin, les derniers occupants ont été évacués à l’aube et la maison a été murée. Tous se sont vus proposer un logement provisoire. Tous les habitants titulaires d’une autorisation de séjour ont été relogés dans le parc social par la Ville ou par la préfecture. Les habitants avaient été prévenus de l’évacuation, leurs affaires personnelles ont été déménagées vers un garde meuble où ils pourront les récupérer.

Quelques habitants du 12e, comme des militants du collectif de vigilance du 12e était là, comme moi pour s’assurer du bon déroulement des opérations.

Quel avenir pour la maison ?

Une nouvelle page de l’histoire de la MEEAO doit maintenant s’écrire. Elle passera par la rénovation du bâtiment qui parait sain mais nécessite de gros travaux pour accueillir à nouveaux des habitants en toute sécurité. Les élus et habitants parisiens seront très attentifs aux décisions qui seront prises par l’Etat, propriétaire de l’immeuble, en éventuelle concertation avec les Etats africains concernés.

Nous ne manquerons pas de montrer notre attachement à la préservation de la mémoire de ce lieu, élément important de notre histoire collective.

2 Comments

  1. Toute une histoire derrière ces murs effectivement

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