A la une, le 12e, Paris

Zoo du Bois de Vincennes : de lourdes incertitudes sur le projet de rénovation porté par l’Etat et Bouygues…

Article co-écrit avec Laurent Touzet,

Adjoint à la Maire du 12e, en charge des Espaces Verts, de l’environnement et du  Développement durable

 

En pleine campagne des élections régionales, les ministres candidates Valérie Pécresse et Chantal Jouanno annonçaient l’ouverture en 2014 d’un zoo entièrement rénové dans le Bois de Vincennes. Nombreux sont les médias à avoir relayé la signature en grande pompe du partenariat public-privé (PPP) devant permettre la création de ce « zoo du XXIe siècle tourné vers l’écologie et la biodiversité, l’un des plus beaux au monde ! » Nombreux sont les habitants du 12e – et nous en sommes – à envisager cette perspective avec enthousiasme, après avoir connu les années de déclin de cette institution puis sa fermeture en 2008.

Enthousiasme, mais scepticisme aussi… Car de multiples interrogations persistent, sur lesquelles il est temps de revenir, passée la période électorale. L’enjeu est de taille, que l’on songe à l’attachement des Franciliens à ce parc qui a permis à des générations d’enfants la découverte d’une faune spectaculaire ; que l’on mesure aussi l’impact du zoo sur son environnement proche ; que l’on relie enfin ce projet aux enjeux écologiques en cette année 2010 déclarée par l’UNESCO « année internationale de la biodiversité ».

Or c’est d’abord de l’équilibre financier du projet dont il est permis de douter et donc de la pérennité de ce projet. Sur 133 millions d’euros de rénovation, l’Etat doit subventionner le projet à hauteur de 30 millions d’euros. Le reste est financé à travers un contrat de PPP entre le Muséum National d’Histoire Naturelle, dont dépend le zoo, et le groupe Chrysalis mené par Bouygues Construction. Chrysalis qui s’engage à financer, construire et entretenir ce zoo pendant 25 ans et qui recevra, en contrepartie, une redevance annuelle de 12 millions d’euros de la part du Museum, soit le triple de ce que le groupe Chrysalis aura investi ! C’est bien le principal travers du système de PPP dont l’intérêt à court terme – l’afflux de capital privé n’alourdissant pas officiellement la dette publique – est contrebalancé par le coût exorbitant, à long terme, pour la puissance publique.

Officiellement, le niveau de fréquentation du zoo qui permettrait au Muséum de s’acquitter d’un tel loyer est de 1,4 million de visiteurs par an, dès la première année ! C’est un objectif très ambitieux, qui s’il n’est pas atteint, mettra certainement le Museum en grande difficulté, d’autant que cet établissement scientifique tourné vers la recherche et la diffusion des connaissances, a d’autres missions de service public à assumer. Souhaitons que cette épée de Damoclès n’oblige pas le zoo à développer outre mesure les activités lucratives et festives au détriment de ses missions de service public. D’autant que le ticket d’entrée est annoncé à plus de 13 euros ! A ce prix, les franciliens pourraient être davantage tentés par d’autres activités du Bois à l’accès gratuit ou modique (Parc Floral, Ferme pédagogique, aquarium de la Porte Dorée…).

Conçu comme un lieu de protection et de recherche sur la biodiversité, le projet de zoo est indigent quant à son insertion dans son environnement immédiat. Le zoo est pourtant situé dans le Bois de Vincennes, dans le 12e arrondissement de Paris. La Ville s’est dotée d’un Plan Climat extrêmement ambitieux et le Bois fait désormais l’objet d’une charte d’aménagement durable dont les communes riveraines telles que Vincennes sont parties prenantes. Or le contrat de PPP ignore les conséquences en terme de déplacements et de stationnement de la fréquentation prévue du nouveau zoo. Malgré l’arrivée prochaine du tramway, financé à 100% par les collectivités locales de gauche, et faute d’investissement de l’Etat dans les transports collectifs franciliens, la desserte du zoo par les transports collectifs risque de s’avérer insuffisante. Le Bois subira une pression supplémentaire de l’automobile dans un contexte déjà tendu. Pression insupportable pour le bien-être des riverains ; insupportable au regard de la protection de la biodiversité du Bois ; insupportable enfin vis-à-vis des objectifs de réduction par la métropole parisienne de ses émissions de gaz à effet de serre.

Espérons que ce projet de zoo connaîtra un meilleur sort que les candidatures régionales de ses promoteurs Mesdames Pécresse et Jouano et Monsieur Lafon. Ce dernier, Maire de Vincennes et tête de liste UMP dans le 94, a été battu au second tour dans sa propre commune, trois semaines après s’être félicité sans réserve de la signature du PPP avec Chrysalis.

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