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Oui, en tant qu’adjointe au Maire, je célèbrerai tous les mariages !

Je suis profondément choquée d’entendre certains journalistes poser la question « est-ce que vous célèbrerez des mariages homosexuels ? » aux élu-e-s et responsables politiques très majoritairement de droite.

En effet, si je peux concevoir que certains puissent être à ce stade du débat, contre l’ouverture du mariage à tous les couples, comment envisager qu’un élu puisse refuser de respecter la Loi ? Mais force est de constater que certains élus de la République, notamment les « premiers magistrats » locaux que sont les Maires, annoncent qu’ils refuseront d’unir par les liens du mariage deux personnes de même sexe malgré la Loi! Certains évoquent une  « clause de conscience », d’autres encore se défaussent sur leurs adjoints à qui ils repasseraient cette « obligation». Mais que se passera-t-il dans une commune où aucun élu ne voudrait célébrer ces mariages ?

Célébration de mariage en Mairie. Crédits Pierre-Clément Julien

Moi qui suis adjointe à la Maire, qui célèbre régulièrement des Mariages, des Pacs et Baptêmes républicains, je respecterai la Loi avec fierté ! Et je suis même impatiente d’unir mon premier couple homosexuel! Rappelons qu’à Paris, les cérémonies de Pacs ne sont toujours pas célébrées dans les 8 Mairies de droite, notamment dans le 15ème arrondissement dirigé par Philippe Goujon (président de l’UMP-Paris) malgré les demandes publiques répétées d’Anne Hidalgo, alors qu’elles sont proposées en toute légalité depuis 2001 dans les 12 arrondissements de gauche !

Je suis en effet tout à fait convaincue que tous les couples ont le droit de s’aimer et de se marier. C’est une simple question d’égalité et de respect.  L’ouverture du mariage à tous les couples redonnera du sens à cette valeur de la République garante de notre cohésion sociale. Par ailleurs, pleinement respecter toutes les unions par une vraie égalité des droits, contribuera aussi à améliorer l’acceptation de sa différence d’orientation sexuelle par chacun, notamment chez les jeunes gays et lesbiennes qui se sentent souvent trop isolés.  Cette avancée constitue un élément clé dans la tolérance par notre société aussi bien dans nos familles que dans le monde du travail, des homosexuels en tant que citoyens à part entière. Car certains souffrent encore aujourd’hui,  de discriminations inacceptables et d’un mal être qu’il nous faut entendre.

Par ailleurs, la possibilité ouverte à des couples de même sexe et mariés, d’être parents relève du même principe d’égalité. Nombre d’entre eux élèvent déjà des enfants. Au 21ème siècle, en France, on ne peut accepter de laisser dans l’insécurité juridique et faire face à des situations quotidiennes de non-droit, le deuxième parent.

Je suis convaincue, que contrairement à ce que prônent certains, un enfant n’a pas un besoin absolu d’un père et d’une mère, mais de parents qui l’aiment, l’entourent, l’éduquent et l’aident à se construire une personnalité et un avenir.  Des centaines d’études de chercheurs, médecins et pédiatres ont déjà bien montré que ces « enfants d’homos » ne vont « ni mieux ni moins bien » que tous les autres enfants… Et si je trouve légitime que des porte-paroles religieux puissent défendre une autre conception du mariage et de la parentalité au sein de l’église, je suis effrayée par les arguments avancés par certains responsables politiques ces derniers mois. Ainsi un proche de Christine Boutin, conseiller régional des Yvelines élu sur la liste UMP, annonçait l’ouverture d’un « marché de l’enfant » et la remise en cause de la « dignité de l’être humain » ou encore la légalisation de la polygamie. Nous avons entendu, chaque semaine depuis la rentrée, des amalgames lamentables et des insultes contre les homosexuels qui devraient être poursuivis en justice.  J’ai également reçu comme beaucoup de mes collègues adjoints, un appel de « Maires pour l’enfance » pour refuser le mariage pour tous, au prétexte que les droits de l’enfant seraient menacés. Ce lobby homophobe qui s’était déjà mobilisé contre le PACS en 1998, est honteux et dangereux, il faut oser le dire. Les associations LGBT, qui font un travail de terrain parfois ingrat et méconnu, en constatent les ravages jour après jour:   insultes, menaces, agressions, rejet familial des adolescent-e-s homos…

Oui à l’égalité des droits maintenant!. Campagne Yagg. Photo Pierre-Clément Julien

Comment entendre ces arguments réactionnaires, d’un autre siècle ? Ils sont basés sur des peurs anciennes, une homophobie dangereuse et synonyme d’un mépris inacceptable envers certains de nos concitoyens. Des dizaines de pays démocratiques ont déjà ouverts le mariage et la parentalité aux couples homosexuels. L’Argentine, le Canada, l’Afrique du sud, la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, plusieurs états américains… tous vivent très bien avec cette égalité donnée à tous les couples, avec cette modernité en rien destructrice.

Tout aussi insupportable à mes yeux, est l’exploitation politicienne qui  est faîte de ce sujet, de manière agressive et caricaturale par la droite. Alors que certains avaient un temps défendu une position plus ouverte sur cette question, l’UMP et l’UDI en font maintenant un axe d’opposition frontale au gouvernement. Car au-delà des postures médiatiques d’ouverture et de modération « centriste », de Jean-Louis Borloo, Rama Yade ou encore Chantale Jouanno, la réalité est bien là : la moitié des députés UDI se sont déjà prononcés contre le mariage et l’adoption pour tous !  Ainsi, ni M. Borloo ni aucun autre représentant de son nouveau parti,  n’a réagi officiellement quand François Lebel le Maire du 8è arrondissement de Paris, nouvellement UDI,  a gravement dérapé contre les homosexuels affirmant que « légaliser le  mariage homosexuel amènerait à l’inceste, la polygamie et la pédophilie ».

Le PS a promis cette égalité, en toute transparence, aux électeurs de notre pays au printemps dernier. L’engagement N°31 de François Hollande, porté par tous nos députés en juin, doit devenir une réalité dans l’année parlementaire.  Je fais confiance au gouvernement et à nos parlementaires. Et comme l’a fort bien dit Bertrand Delanoë cette semaine, dans 5 ans l’UMP reconnaitra s’être trompée et avoir été excessive, comme elle l’avait fait conte le Pacs.

Alors je le réaffirme ici, en tant qu’élue je célèbrerai tous les mariages autorisés par la Loi !

3 Comments

  1. zep'

    Je partage largement vos orientations, en particulier sur le respect dû aux opinions de tous et à la nécessaire prise de responsabilité qui viendra de la majorité parlementaire et des élus.
    Et je suis toujours dans l’attente de vraies critiques constructives de l’opposition, en lieu et place du descriptif apocalyptique qu’elle tient sans conviction, pour assouvir les pulsions de ses franges les plus réactionnaires.
    Tenez bon !

  2. Jerome

    C’est bien du point de vue de l’enfant que la question doit être envisagée, et non du point de vue des adultes, de leurs manques, de leurs frustrations ou de leurs désirs. La question n’est pas celle de la qualification de l’homosexualité, encore moins celle de la capacité des sujets homosexuels à aimer des enfants adoptés. Elle est celle de l’institutionnalisation, c’est-à-dire de la codification par la loi, elle-même expression du corps social, d’une structure familiale. Il ne s’agit pas seulement de gérer ou d’accompagner des situations particulières, pour lesquelles des dispositions légales largement suffisantes existent déjà. Il s’agirait d’ériger en norme, par la loi, que des dizaines de milliers d’enfants puissent a priori être privés des trois biens élémentaires suivants :
    1. De la différence entre deux repères identificatoires, masculin et féminin, dans l’univers de leur croissance intime. Ni le masculin ni le féminin ne récapitulent tout l’humain. Qu’il soit garçon ou fille, l’enfant a donc besoin d’un jeu subtil d’identifications et différenciations avec ses deux instances paternelle et maternelle. Cela a été étudié avec minutie par une littérature scientifique surabondante. On sait par exemple que le petit garçon, au cours de sa deuxième année a besoin de s’identifier à un père masculin pour le développement de son identité mâle. On sait combien il est important, pour la petite fille, d’être admirée, cajolée, confirmée dans sa féminité par le regard paternel. Mais, par un étrange phénomène d’amnésie collective, le discours régnant fait froidement table rase de tout cet acquis.
    2. De la continuité, lorsque cela est possible, entre le couple procréateur et le couple éducateur. La quête douloureuse de leur origine par les enfants nés « sous x », les difficultés propres à l’adoption indiquent bien que les ruptures dans l’histoire, les dissociations entre les différentes composantes de la parenté sont autant de complications dans la vie de l’enfant. Dès lors, il est souhaitable qu’à la discontinuité liée à l’adoption ne vienne pas s’ajouter une seconde discontinuité, à savoir la perte de l’analogie entre le couple d’origine (constitué par nature d’un homme et d’une femme) et le couple éducateur (constitué d’un « parent 1 » et d’un « parent 2 », de même sexe).
    3. Le troisième bien élémentaire pour l’enfant sera une généalogie claire et cohérente, lisible. Nous sommes dans un système généalogique cognatique, c’est-à-dire à double lignée. Or, on ne change pas un système de parenté millénaire par petites touches. Il forme un tout cohérent.

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