Paris, Société

Ouverture de la première salle de consommation pour les usagers de drogues à Paris

Le projet d’expérimentation prévoit l’ouverture d’une salle de consommation à Paris, dans le 10ème à proximité de la Gare du Nord, avec une capacité d’accueil de 200 personnes par 24h, gérée par l’association Gaïa en partenariat avec Médecins du monde. C’était un engagement du Président François Hollande, c’est une décision courageuse et j’y suis personnellement favorable comme beaucoup d’acteurs reconnus du secteur.

En effet, la réponse à l’urgence, à la lutte contre les transmissions infectieuses est cruciale mais pas suffisante en termes de santé publique. Les salles de consommation proposent une prise en compte globale des besoins des personnes toxicomanes. Elles sont un outil pour achever la politique de réduction des risques et pour aller vers le soin, l’accompagnement, l’insertion des personnes dépendantes et à la rue. Les salles de consommation, en contribuant à une politique qui respecte la dignité des personnes, donnent à l’usager une place de citoyen. C’est fondamental.

Par ailleurs, les salles de consommation permettent d’assurer une meilleure sécurité publique, en réduisant la consommation dans l’espace public, et donc les seringues souillées abandonnées dans la rue, dans une sanisette ou dans un jardin… Toutes les études le disent y compris avec un recul de plus de 20 ans en Europe, une telle approche contribue à améliorer l’environnement des riverains et constitue une réponse très concrète à leurs demandes légitimes de préservation de l’ordre public.

Quartier de la Gare du Nord. Crédits Pierre-Clément Julien

Quartier de la Gare du Nord. Crédits Pierre-Clément Julien

L’implantation doit correspondre à un lieu où se trouvent les populations en plus grande précarité, les plus éloignées du soin. Aujourd’hui, les usagers de drogues sont très présents dans ce quartier de la gare du Nord. Les salles de consommation ne sont jamais des lieux qui attirent subitement les usagers, elles s’installent toujours dans un périmètre où ils sont déjà présents. C’est une politique concrète de réponse sanitaire aux besoins des usagers de drogues en ville.

Les porteurs du projet parisien, les professionnels de l’association Gaïa, interviennent de longue date dans ce quartier. Issu des premiers programmes d’échange de seringues de Médecins du Monde, Gaïa offre un lieu d’accueil, dans une unité mobile près des gares du nord et de l’est, et gère le bus méthadone. Ce sont donc des professionnels expérimentés, médecins, infirmiers, éducateurs, qui portent ce projet.

L’ouverture d’une telle salle constitue un élément d’une politique globale basée  sur quatre piliers :

  • la prévention (éviter la consommation et la dépendance),
  • la prise en charge (sortir de la dépendance par les traitements de substitution),
  • la réduction des risques (limiter les effets négatifs de la consommation sur les usagers et indirectement sur la société en limitant les problèmes individuels et sociaux),
  • la répression (application des législations de contrôle des drogues).

Les crispations politiques populistes et les indignations grandiloquentes d’élus UMP régionaux sont indignes. De grandes villes UMP sont aussi volontaires pour expérimenter une salle sur leur territoire, comme Jean-Claude Gaudin le sénateur-maire UMP de Marseille, ou encore de député-maire de Bordeaux, Alain Juppé… Les opposants des salles de consommation montrent bien souvent une profonde méconnaissance des principes de santé publique et des politiques de réduction des risques en matière d’usage de drogues.

La guerre à la drogue est une politique qui se traduit trop souvent par la guerre aux usagers de drogues, ce qui les tient encore plus éloignés du soin et d’une vie sociale classique. La répression du trafic n’est pas contradictoire avec une politique de santé efficace et soucieux des plus exclus, pour autant que l’on considère les usagers comme des personnes dépendantes et non des criminels.

Parce qu’une société se juge aussi selon le traitement qu’elle offre aux plus démunis et aux exclus, je me félicite de cette expérimentation à Paris.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>